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#21 Confinement au coeur de l’océan Indien jour 21Comment en sommes nous arrivés là on vous dit tout

12,149 vistas· 07/05/20
En Veleros

10 avril, aujourd’hui les amis, ce n’est pas le « kikidubistouquin » ! Cherchez pas dans un dico les bananas, c’est l’expression de mon petit mari de ces derniers jours ! j’vous le dis-moi, il est bizarre ! Mais qu’est-ce que vous voulez, plus il est tracassé mon capitaine, plus il s’égare dans ces aliénations. Ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre, j’adore quand il me fait rire et plus je rigole, plus il se prend au jeu de la plaisanterie. Ça nous amuse beaucoup et surtout nous fait penser à autre chose que notre supplice de Tantale (et non, notre supplice de l’emmental, pfff, la blague à deux balles !). Notre calvaire n’est pas de ne pouvoir ni manger ni boire mais comme pour le fils de Zeus, la nature nous fait subir. « Les branches des arbres fruitiers s’écartant et l’eau refluant chaque fois qu’il tentait de se nourrir ou d’épancher sa soif », le vent les éloignant et le courant les repoussant chaque fois qu’ils tentaient de s’approcher des terres ! Pour tout dire, hier soir notre traceur annonçait Farquhar à trois jours, ce matin la même île se trouve à onze jours de nous, cherchez l’erreur ! 68,9 milles en vingt-quatre heures, c’est désespérant, je me demande si nous ne faisons pas les milles à reculons ! Pourtant non, nos points 9º31'885 S et 55º38'265 E prouvent que nous progressons, certes pas forcement dans la bonne direction mais nous avançons ! Cyril repousse tant qu’il le peut l’instant fatidique du démarrage moteur, mais à onze heures trente, nous ne pouvons plus rien tirer de la respiration apnéique d’Éole, et Pontos fait son maximum pour nous faire fléchir ! Presque en hyperthermie, l’homme de la situation pose sa main sur le contact, il s’apprête à actionner l’allumage, sent une risée, hésite et sachant bien que le moment est venu, déclenche le préchauffage… La mécanique s’active, l’engin embraye, Black Lion se déplace mais le problème persiste ! À 2400 tours, le bruit de patinage est trop fréquent, à 2500, il est encore récurrent, à 2600, occasionnel mais toujours présent. Nous n’avons d’autre choix que le mettre à 2700 tours, mais cette alternative insinue que notre gasoil va diminuer beaucoup plus vite. Les niveaux sont déjà à moitié vides ou disons plutôt à moitié pleins pour rester positifs, cette quantité représente, cinquante heures. Deux jours au cas où la calmasse dure mais surtout au cas où nous devions entrer par une passe pour nous mettre à l’abris. Nous éprouvons une sincère considération envers nos précurseurs qui naviguaient au sextant et sans moteur ! Quel courage ! Servons-nous de leur exemple pour relativiser ! Certainement pour ne pas ruminer sur nos conditions futures de navigation, nous sommes en hyper activité désopilante ! Pour entrer en matière, c’est coupe de cheveux du capitaine sur le trampoline ! Il a eu chaud aux oreilles mon fidèle habitué de la tondeuse… Et pour me persuader que nous n’avions pas de terre à vue, j’ai fini perchée à la première barre de flèche avec un drôle d’insecte télécommandé qui me tourné autour ! Tout est bon pour détourner notre attention de ces conditions climatiques lunatique… En ce vendredi Saint, jour du poisson, nous essayons de contrer notre infortune à la pêche. Nous devons absolument trouver une feinte, car tout ce que nous avons testé jusqu’à présent n’est pas super efficace. Mer plate, déchainée, belle, moche, en allant vite, pas vite, aux poulpes, à la cuillère, aux rapalas, à la turlute, rien à faire ! Nous devons tout miser, et pour ça, une méthode, multiplier nos chances par quatre ! Pas moins de quatre lignes trainent derrière notre Blacky ! Nous avons même donné un petit surnom à chacun de nos leurres, en les motivant à fond ! Les amis, ça ne s’arrange carrément pas, on se met à parler à tout ce que l’on croise…jugez par vous-même, Cyril a même parlé à son verre vide de rhum d’hier soir qu’il avait oublié sur le pont ! Et nous nous mettons à nous égosiller après un fou qui veut absolument atterrir sur notre anémomètre ! Où va-t-on les copains, je vous le demande, où va-t-on ? Enfin, si vous avez la réponse, n’hésitez pas à nous la donner parce que là les cocos, c’est le flou total ! Il est dix-huit heures vingt, une petite risée semble vouloir nous stabiliser entre 2 et 3 nœuds avec GV et Gennak, cap Nord-ouest. Ce soir, les nuages voilent notre couchant mais qu’importe, nous sommes euphoriques, nous nous repassons en boucle le Tube de « l’été » improvisé de Cyril ! Je suis fan, c’est du grand n’importe quoi…

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