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# 16 Confinement au coeur de l’océan Indien jour 16⛵️/ grain sur grain, entre 20 et 40 noeuds🌫🌧🌬

9,139 vistas· 02/05/20
En Veleros

« En titre, nous avons hésité entre le retour de Jacouille la fripouille, et star is Born avec Lady Papa » 5 avril, j’en ai marre ! je vous le dis franchement j’en ai vraiment marre ! Et ce n’est pas le temps qui va arranger notre moral ! L’océan a perdu sa belle couleur pers et le céruléen du ciel est camouflé derrière une épaisse couche de ouate grise et triste. La monotonie de notre environnement est rehaussée uniquement par le relief des cumulus et la proéminence des vagues. Tout est moite, le dernier grain à 40 nœuds a soulevé une mer nerveuse qui a recouvert le pont d’un chlorure de sodium collant et poisseux. Cyril l’avait senti venir celui-ci, dix minutes avant qu’il nous agresse, il avait mené une opération de prise d’un deuxième ris ! Bien lui en soit fait à mon prévenant commandant de bord. Comme il me le dit toujours, mieux vaut anticiper, cela nous évitera de nous retrouver dans des situations désagréables et de faire forcer le bateau. Malgré toutes ses préventions, notre vaillant Lion fournit un gros effort et contre vents et courants, courageusement, nous fait progresser. Nous sommes aux 4º25'163 S, 60º29'610 E, 110 milles vers l’Ouest-sud-ouest. À chaque cataracte, pour éviter de se faire brutaliser, pas d’autre choix que nous mettre en fuite. Et nous repartons à contre-sens, en éliminant désespéramment notre avancée des heures précédentes ! « Des heures », c’est bien exagéré car depuis douze heures, nous en sommes à notre onzième grain ! Et quand les odieux ne frôlent pas les moustaches de notre Black Lion, s’est pour lui frôler les poils du cul ! Cet indien est bien patelin, il s’est fait faussement aimable, nous a flatter pour mieux nous miner ! Mais qu’il ne s’y méprenne, nous nous sommes blindés et pour pallier à l’abattement, nous avons notre remède, la rigolade ! Avec mon plaisantin, pas besoin de nous forcer, il trouve toujours à tourner en dérision notre situation et je préfère grandement le voir comme ça et non en perpétuel stress comme à notre première traversée. Faut dire que notre canot fait tout pour nous rendre notre voyage aussi sécuritaire que possible. Avec ses redans, il repousse les vagues trop batailleuses et les empêche de déferler hargneusement sur nous. Avec celle-ci, un peu trop culminante, il n’a pu rien faire mais nous ne lui en voulons pas, elle était bien trop importune. En un coup, elle nous a submergé pour stigmatiser tout le bimini de dégoulinades saumâtres ! À dix-neuf-heures trente, Cyril douteux d’une amélioration pour la nuit, reprend une météo. La problématique est la suivante, en voulant essayer d’atteindre au moins une des dernières îles des Seychelles pour au moins nous reposer une nuit ou deux, le vent nord-ouest nous oblige à naviguer au près serré et cette allure rebute mon skipper qui souffre pour son bateau. Les Grib sont sans appel, cette direction du vent va se maintenir encore trois jours. Trois jours d’acharnement pour une nuit de mouillage, l’ébauche est vite abandonnée, nous mettons cap au 188º ! 30º plein sud, direction les Mascareignes à un jour et demi, ensuite en prévision, le vent doit diminuer jusqu’à pétole avant de passer Nord-est, ce qui ne semble pas trop mal pour poursuivre jusqu’à Mada. Immédiatement, le confort s’en ressent, nous sommes moins brassés, nous nous sentons plus sereins et là vous n’allez pas me croire ! Au moment où nous pensons passer une nuit plus tranquille, que voit-on ? Un bateau… C’est exacerbant ! À croire que nous avons dépassé notre quota de tranquillité ! Il est à 6 milles et se dirige direct sur nous, mais cette fois j’ai mon idée. Nous sortons les masques et je simulerai être très contagieuse…

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