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#68Cap des aiguilles-Simon’s Town, Black lion frôle la cata dans son dernier mille. 35-52 Nd de vent

16,530 Visningar· 07/01/21
Catamaranblacklion
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31 décembre, elle a mis dix jours à se profiler et, ça y est, elle est bien confirmée, la fenêtre qui va nous permettre d’atteindre Simon’s Town s’ouvre demain ! Au portant, 209 milles vont encore nous rapprocher du Good Hope et Black Lion se doit d’être bichonné. Pour ça, mon capitaine n’a pas besoin de se faire prier, il en prend soin de son Blacky, en commençant par trouver une solution de rafistolage à notre hydro-générateur qui n’a pas supporté la fausse manœuvre qui nous a fait le percuter en annexe l’autre soir. La casse n’est pas bien grave mais son pivot est brisé et la fonction de notre fournisseur d’énergie ne pourra opérer dans ces conditions ! Autre mission que mon têtu s’est fixé, gratter la coque et s’assurer que l’hélice du moteur qui nous reste soit dégagée de toutes nuisances marines. Dans les parages, l’idée ne m’inspire guère, les requins blancs rodent ! Ce n’est pas une rumeur, la zone est prisée par les touristes pour aller leur rendre visite dans des cages … 1er janvier 2021, depuis que le vent souffle de sud-ouest, nous nous doutions de l’état de la mer et le sud-est que nous attendons se fait attendre ! Conséquences, notre félin s’agite dans la houle désordonnée comme un lion en cage et ses ébrouements ébranlent tout le confort de ses rangements. L’effet est dégringolant ! Des couteaux mal immobilisés se font la mal sur un robinet d’eau douce, résultat, deux cent litres de notre précieuse à la baille ! Un frigidaire instable s’entrouvre, bilan, son contenu se vide ! Notre pitance au plancher, dégâts à nettoyer et Jacouille barbouillé ! Au bout de vingt-quatre heures, le traceur nous indique 34º56'667 S ; 20º17'610 E. La fusion a déjà commencé ! L’indien puissant et excessif s’allie avec hargne au deuxième plus grand océan, l’atlantique. Ces forces prodigieuses s’ensembles, s’entrelaces pour bientôt s’unir dans un métissage incohérent et phénoménal de beauté. Les oiseaux en sont témoins, par milliers, ils s’oxygènent dans cette somptuosité, les otaries aussi sont spectatrices et dans tout cet amalgame, le kelp, cette algue géante du Cap, est arrachée du fond des océans pour poursuivre sa course par-dessous l’écume harpie de blancheur ! Par 22 nœuds, avec seulement deux tiers de foc, à dix heures treize locale, ce 2 décembre, nous sommes expulsés, presque éjectés, sans un regret, par notre hôte d’une année ! Le boost accélère, Apéliote a bien remplacée le sud-ouest et la divinité s’emploie dans sa démence à 35 nœuds à coacher la houle qui exulte en se libérant des entrailles des profondeurs d’Atlas. Malgré la frénésie du vent, avant d’entrer dans la baie, mon capitaine est confiant, plus loin, l’abris nous attend ! Dans la noirceur, Black Lion semble voler sur la phosphorescence de l’onde, la lune se lève, la terre est proche ! Trop proche, celle qui devait être notre protection devient notre perdition ! À plus de 50 nœuds, l’entrée dans la baie est fracassante de rapidité, plus rien ne freine notre Blacky, l’air gémit, les haubans sifflent, la montagne domine… Il fait sombre, très sombre, les brisants se rapprochent à 11 nœuds, les lumières de la ville s’intensifient, la toile claque, le stress monte… Il faut agir vite, très vite… Larguer l’ancre, s’accrocher, mais la chaine file, elle ne s’arrête plus. Dans la lumière spasmodique de notre torche, l’ombre d’un bateau nous rase, nous dérapons, nous allons le toucher, notre lion se bat... Il déjoue le danger ! Mais nous continuons à chasser, nos peurs nous imposent du sang froid… Avec ce vent, sur un moteur, nous ne pouvons rien faire, il faut que la pioche stoppe ou nous allons nous écraser ! Notre refuge qui se devait protégée n’est que cahot, les dieux s’affrontent, le ciel bourrasque sa haine et la mer crache sa colère ! Nous continuons à riper, le spectre d’un voilier nous frôle et quand nous nous croyons perdus, sous les griffes de notre fauve, à quelques mètres de lui, nous nous immobilisons. Nous venons d’érafler la catastrophe ! Le drame est évité mais nous devons veiller. La proximité est bien trop sérieuse pour nous sentir en sécurité ! 3 décembre, la nuit a été éprouvante, nous avons passé en revue toutes nos options… Les secours en mer viennent nous sauver !

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